Bien qu’en diminution depuis quelques années, les consommations de substances psychoactives (SPA) chez les jeunes restent à des niveaux très élevés en France comparativement aux autres pays européens. Il a été montré que la consommation de SPA est associée à la santé mentale. Or, depuis la pandémie de COVID-19, de nombreuses études ont montré que la santé mentale des jeunes s’était fortement dégradée, avec une augmentation des troubles dépressifs et une prise en charge psychiatrique insuffisante, dans un contexte de potentielles inégalités socio-économiques.
A cela s’ajoutent de nombreuses sources de stress, telles que la pression scolaire et les exigences liées à la réussite académique, les préoccupations et les incertitudes face à l’avenir, ainsi que les facteurs personnels et développementaux auxquels sont confrontés les adolescents (changements hormonaux, construction identitaire, recherche d’autonomie ou intégration sociale). Le harcèlement scolaire, la crise climatique, les différentes formes de violence auxquels les jeunes peuvent être exposés, ainsi que les conflits armés dans le monde peuvent également générer un sentiment d’insécurité ou d’anxiété.
Dans ce contexte, il apparaît important de mettre en place des interventions efficaces pour améliorer la santé mentale des jeunes et tenter de prévenir leur consommation de substances, parfois utilisées pour faire face à une détresse ou se sentir mieux, en leur donnant des outils leur permettant de gérer eux-mêmes leur stress. L’objectif principal de l’étude PREVAJEUNE est d’étudier l’efficacité sur la santé mentale des jeunes, d’une intervention développée par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Cette intervention repose sur une méthode d’auto-assistance guidée, DWM (Doing What Matters in Times of Stress, « Faire ce qui compte en période de stress »).
DWM est fondée sur l’Acceptance and Commitment Therapy (ACT), une forme de thérapie cognitivo-comportementale qui met l’accent sur l’apprentissage de nouvelles façons d’accueillir ses pensées et ses émotions sans se laisser dominer par elles.
L’intervention DWM est proposée sous la forme d’une application web, les contenus audios et le guide d’auto-assistance étant adaptés pour être utilisés sur un smartphone ou un autre appareil connecté à Internet. DWM est un outil auto-administré comprenant 5 modules, à raison d’un module par semaine. Grâce au format de l’application, DWM nécessite peu de temps et propose des techniques pouvant être mises en pratique en quelques minutes par jour. Ce programme vise à aider les jeunes à mieux faire face aux difficultés de leur vie quotidienne à l’aide de techniques psychologiques simples.
Nous espérons que cette intervention contribuera à réduire la détresse psychologique et à prévenir la survenue de troubles psychiatriques ainsi que, potentiellement, les consommations de SPA. Le recrutement des participants sera réalisé par l’intermédiaire d’associations de jeunes, de clubs sportifs, de structures socioculturelles, de missions locales et d’autres dispositifs d’accompagnement des jeunes, afin de constituer un échantillon de 3000 jeunes âgés de 10 à 24 ans.
Deux groupes seront constitués et comparés : un groupe bénéficiera immédiatement de l’intervention DWM (n=1500), tandis que l’autre y aura accès 5 semaines plus tard (n=1500). Cette organisation permettra de comparer les résultats obtenus dans les deux groupes. Un questionnaire initial, administré avant toute intervention, permettra de dresser un bilan de l’état de santé des jeunes, et d’étudier les potentielles inégalités sociales et socio-territoriales.
Deux questionnaires supplémentaires seront remplis par l’ensemble des participants : le premier 5 semaines après l’inclusion et le second 2 mois après la fin de l’intervention DWM.
Le programme vise à aider les jeunes à faire face aussi bien à des difficultés d’ordre psychologique, telles que le stress, la peur ou le sentiment d’impuissance, qu’à des difficultés d’ordre pratique, notamment les conflits familiaux. Une étude qualitative sera également réalisée auprès de 40 jeunes volontaires afin d’évaluer la manière dont l’intervention a été vécue par les participants et dont ils se la sont appropriée.
Grâce au questionnaire réalisé en début d’étude, nous pourrons décrire les facteurs associés aux difficultés psychologiques et aux conduites addictives des jeunes, notamment les déterminants sociaux et familiaux, afin d’identifier de potentielles inégalités socio-économiques. Nous faisons l’hypothèse que les jeunes ayant bénéficié de l’intervention DWM présenteront une meilleure santé mentale que ceux n’en ayant pas encore bénéficié et seront ainsi moins susceptibles de consommer des SPA. L’étude permettra également d’examiner les éventuelles évolutions à court terme des consommations de SPA et des représentations qui leur sont associées.
Cette méthode est complémentaire du développement des compétences psychosociales (CPS). Elle fournit des outils simples, mobilisables à tout moment et tout au long de la vie, permettant de mieux gérer le stress, quelles que soient les situations qui en sont à l’origine. Si les résultats sont probants, cette intervention pourrait être déployée à grande échelle auprès des jeunes. Elle pourrait ainsi contribuer à réduire le recours aux soins spécialisés pour les situations pouvant être prises en charge par des interventions de prévention ou de soutien de première intention, permettant aux services spécialisés de mieux répondre aux besoins des jeunes présentant les troubles les plus sévères, dans un contexte où les ressources disponibles sont déjà insuffisantes.
Financement du projet :
Le projet est financé avec le soutien de l’Institut national du cancer et de l’IReSP (INCa-IReSP_18705).
Personnes de l’équipe ESSMA impliquées :
Murielle MARY-KRAUSE, Thibault LANDES, Héla GHRIBI, Jean-Sébastien CADWALLADER, Angèle CONSOLI.
Principales publications :
Aucune pour le moment. L’inclusion dans l’étude a démarré en Septembre 2026.
Collaborations :
Notre équipe est réunie sur un seul site, au 3ème étage de la Faculté de Santé Sorbonne Université, site Saint-Antoine
27 rue de Chaligny
Paris 12°
Tél.: +(33) 01.44.73.84.45
Métro : Faidherbe-Chaligny (8), Reuilly Diderot (1)
Bus : 46 – 86
Vélib : Station 1108, 223 rue du Faubourg Saint-Antoine